Day 10 – Un peu d’histoire…

Après deux semaines de voyage, nous vous avons déjà montré beaucoup de choses, mais peu parlé des 500 ans d’histoire du pays, que nous allons essayer de vous résumer du mieux possible…

La découverte officielle du Brésil par Pedro Alvares Cabral remonte à l’an 1500, à Porto Seguro (une de nos prochaines étapes), alors que celui-ci tentait d’atteindre les Indes par l’ouest.

Bien sûr, avant l’arrivée des Portugais, le pays était déjà peuplé par de nombreuses tribus indigènes, parmi lesquelles les fameux Tupis que Montaigne décrit dans ses Essais… Pour la petite histoire, on estime que ces tribus comptaient à l’époque entre 3 et 6 millions d’habitants, contre à peine un million pour le Portugal.

Mais au début, la terre n’intéressait les Portugais que pour son bois, dont le pigment rouge -comme la braise- a donné son nom au pays. Cependant, les grandes distances à parcourir et la relative inhospitalité des lieux n’incitaient guère à l’augmentation des expéditions. Craignant de perdre la souveraineté du territoire, le roi du Portugal décida peu après d’entreprendre une véritable colonisation du Brésil. Comment ? En octroyant gratuitement des terres (les « capitanias ») aux colons, chargés de les faire fructifier par leurs propres moyens, souvent en réduisant les indigènes en esclavage… Ces derniers, peu aptes aux travaux de force et vite décimés par les maladies apportées d’Europe, durent bientôt être relayés par des esclaves amenés d’Afrique.

Cependant, la diversité des ressources naturelles du pays, que l’on commençait seulement à deviner, attisa vite la convoitise des grands empires coloniaux : les Français débarquèrent ainsi en 1555 dans la baie de Guanabara avec pour objectif la création de la « France Antarctique », dont le récit nous est apporté près de 5 siècles plus tard par Jean Christophe Ruffin dans Rouge Brésil. C’est ainsi que l’équipage de Villegagnon a donné son nom à Rio de Janeiro, littéralement « rivière de janvier », et découverte en réalité en février ! Avant d’être chassés en 1567, les Français réussirent toutefois à fonder São Luis, alors que de leur côté, les Pays-Bas bâtissaient Recife et à s’établissaient sur les terres environnantes.

Parallèlement à cet élan colonial sur le littoral, des groupes de colons installés à São Paulo entreprirent d’explorer et de peupler l’intérieur des terres. Ils lancèrent ainsi de grandes expéditions, les « bandeirantes », vers les montagnes, n’hésitant pas à s’installer définitivement dans les tribus rencontrées sur le chemin. Et c’est grâce à ces missions que furent découvertes les première mines d’or à la fin du XVII° siècle, ce qui entraîna une urbanisation accélérée de cette région du « Minas Gerais ». Dans Brésil, terre d’avenir , Stefan Zweig insiste sur l’importance capitale de cette découverte tardive de l’or, à une époque où le pays était déjà unifié, et où -surtout- plus personne ne le disputait au Portugal, ce qui évita de sanglantes luttes pour le précieux minerais.

Un des plus beaux exemples de cette urbanisation est Ouro Preto (à l’époque appelée « Vila Rica » : ville riche), que nous vous avons fait découvrir il y a quelques jours. Elle fut du reste un temps le centre financier et culturel de la colonie du Brésil, ainsi que la capitale de l’état du Minas Gerais au début du XIX° siècle, avant d’être supplantée par Belo Horizonte, mais n’anticipons pas… En 1720, le Portugal instaura le « Quinto », taxe de 20% sur tout l’or produit au Brésil, qui renfloua les caisses de la couronne portugaise et donna lieu à de nombreuses révoltes. D’autant qu’avec la fin du cycle de l’or et l’exploitation de nouvelles régions pour leur coton ou leur café, le fonctionnement de la colonie devint plus complexe, ses intérêts s’opposant de plus en plus à ceux de la métropole. Un des symboles de cette rébellion se nommait Tiradentes, qui lança en 1789 (tiens donc …) l’ « Inconfidência Mineira » (littéralement conjuration du Minas), mouvement sévèrement réprimé qui lui vaudra d’être exécuté, le propulsant ainsi au rang de héros national. Ces mouvements, quoiqu’un peu isolés, eurent le mérite de proposer une réelle alternative nationale à la structure coloniale.

L’occupation du Portugal par les armées napoléoniennes joua ensuite un rôle décisif dans l’indépendance du Brésil. Le souverain portugais dut s’y réfugier, et donc ouvrir le pays – dont l’accès était jusqu’alors réservé au Portugal- au commerce, à l’immigration, à l’implantation d’industries, ou encore au développement de l’enseignement supérieur. En 1815, Dom Joao VI créa ainsi le « Royaume-Uni du Portugal, du Brésil et de l’Algarve », élevant ainsi la colonie au même niveau que la métropole. Il dut cependant rentrer au Portugal en 1821 et laisser la régence à son fils, Dom Pedro. L’Assemblée constituante portugaise installée au Brésil, qui s’opposait aux réformes menées par ce dernier, exigea son départ. Mais, soutenu par la majorité des Brésiliens, il prononça le 7 septembre 1822 son désormais célèbre « Fico ! » (je reste), et refusa de rentrer au Portugal : « L’indépendance ou la mort ! »

Un sentiment national était né, et contrairement à de nombreux autres pays, l’indépendance fut orchestrée par le prince régent lui-même, sans bain de sang ni guerre civile, et surtout sans bouleverser l’organisation sociale du pays (l’esclavage n’est par exemple pas remis en cause). Après de nombreuses concessions commerciales qui l’affaiblirent beaucoup économiquement, le Brésil obtint enfin la reconnaissance de son indépendance en 1825 par le roi du Portugal D Joao VI… 325 ans après sa « découverte » par les Européens, le pays était donc accepté par la communauté internationale.

 

(Pour lire la deuxième partie de cet article, voir Day 45 – Histoire du Brésil – partie 2/2)



Trackbacks & Pingbacks

  1. Day 45 - Histoire du Brésil - partie 2/2 | Take The Trip ! pingbacked Posted Dimanche, 31 août 2008, 2:43

Comments

  1. Quote
    tititoto2005 said Mardi, 15 juillet 2008, 18:28:

    Vous seriez pas mal en costumes de Tupis! Chiche…

  2. Quote

    wow calé sur l’histoire (c’est pas plus mal, en plus avec des notions litérrires, respect!) On en aprend tous les jours c’est guénial! Pas banal l’indépendance sans le sang malheureusement -__- Merci pour le topo!!

  3. Quote

    Bonjour,
    en tant que brésilien et historien/archéologue, j’avoue que votre intérêt et précision au niveau de l’histoire du Brésil est remarquable. Chapeau!! Très beau site!!

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